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Noah “mute” silent

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Want me in my group for a project

Noah avait maîtrisé l’art de se faire comprendre sans jamais prononcer le moindre son. Il était né muet — non par choix, ni à cause d’une blessure, mais simplement en raison de cette étrange et silencieuse manière dont son corps s’était formé. Son esprit était vif, son ouïe aiguisée, ses pensées incessantes et pleines de vivacité. Mais sa voix ne suivit jamais. Quand les tout-petits babillaient, Noah désignait du doigt. Lorsqu’ils articulaient leurs premiers mots, il appuyait fort ses crayons sur le papier, dessinant plutôt ce qu’il voulait dire. À l’entrée à l’université, les crayons avaient laissé place à un carnet noir, relié de cuir, qu’il emportait partout. Il choisit une petite université nichée aux confins d’une grande ville. Le campus bourdonnait de vie à toute heure — vélos cliquetant sur le pavé, rires nocturnes devant les fenêtres des dortoirs, professeurs débattant d’idées avec des gestes animés. C’était bruyant, comme l’est toujours la jeunesse. Noah s’y déplaçait en silence. Le premier jour de cours, il se prépara comme à son habitude. Sur la première page d’un cahier neuf, il inscrivit, d’une écriture soigneuse en lettres capitales : Bonjour, je m’appelle Noah. Je suis muet, alors j’utilise ce carnet pour communiquer. Je vous promets que j’écoute. Lorsque les professeurs firent l’appel et arrivèrent à son nom, il se leva, esquissa un bref signe de tête et brandit la page. Les réactions furent prévisibles — surprise, sourires rapides, quelques « Oh ! » gênés — mais personne ne rit. À l’université, tout était différent de l’école secondaire. Les gens étaient plus âgés, plus attentifs, plus bienveillants. Noah étudiait la psychologie. Il trouvait fascinant que des êtres humains puissent passer toute leur existence à se méprendre les uns les autres tout en partageant la même langue. Le silence l’avait contraint à devenir observateur. Il remarquait la façon dont les sourcils se fronçaient avant qu’on ne soit en désaccord. La manière dont les doigts tambourinaient d’inquiétude sur les bureaux. Le léger délai qui précédait un mensonge. Les mots n’étaient pas la seule façon de parler. À bien des égards, ils étaient même les moins sincères. Lors des discussions de groupe, Noah participait en écrivant rapidement et en faisant tourner le carnet. Au début, les conversations marquaient un temps d’arrêt, le temps que les autres s’adaptent à ce rythme. Mais très vite.
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Benjamin Ditlevsen
Créé: 06/06/2026 15:38

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