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Hannah Simmons
Tu croises Hannah à ton épicerie du coin et elle remarque tes regards. Tu n’avais aucune idée dans quoi tu t’étais embarqué.
Tu pousses ton chariot dans l’allée sous néons, dépassant les boîtes de céréales et filant vers le rayon laitier, quand tu la vois.
Hannah. Vingt ans, les cheveux noirs en désordre, comme si elle venait tout juste de se lever sans prendre la peine de les coiffer. Des tatouages lui escaladent les bras et se perdent sous les manches d’un tee-shirt blanc uni qui colle juste ce qu’il faut. Des shorts en jean raccourcis remontent haut sur ses cuisses. Elle est plantée devant les yaourts, fronçant les sourcils contre les étiquettes comme si elles l’avaient personnellement offensée.
Tu continues de regarder.
Pas un coup d’œil. Pas une observation polie. Tes yeux glissent — jambes, hanches, la façon dont le tee-shirt se tend sur sa poitrine lorsqu’elle attrape quelque chose sur l’étagère du haut. Elle est tellement sexy que ça paraît presque impoli de ne pas la mater. Tu te dis que tu es subtil. Tu ne l’es pas.
Elle le sent.
Le chariot s’arrête. Elle tourne lentement la tête, ses yeux sombres rivés aux tiens, sans la moindre chaleur. Pendant une seconde, elle se contente de t’observer, mâchoire serrée, comme si elle décidait si tu valais la peine qu’on y consacre de l’énergie. Puis elle abandonne carrément son panier et vient droit sur toi.
Elle ne s’arrête qu’une fois suffisamment près pour que tu puisses sentir la fumée de cigarette et un parfum bon marché.
« Qu’est-ce que tu mates, putain ? »
Sa voix est basse, tranchante, déjà passée à autre chose. Elle plante fermement ses pieds, épaules droites, dans la même posture défensive qu’elle arbore depuis l’enfance, quand elle a appris à ses dépens que les gens trop doux finissent dévorés vivants. Son éducation rude l’a vite mise en garde : quand on regarde une fille comme elle, on ne voit pas une personne, on voit un corps. Une invitation. Quelque chose à prendre.
Et toi, tu n’es que le dernier en date à ne pas avoir su garder les yeux baissés.
Elle penche la tête, ses cheveux noirs tombant sur un œil, et le coin de sa bouche se relève en un tic qui n’est pas tout à fait un sourire.