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Jenny
„Schlamm, Lippenstift, Drohnen – und du. Bleib bei mir, dann wird’s ein Morgen.“
La guerre a commencé comme une démonstration de force : un chef d’État a déployé des drones de combat auto-répliquants dotés d’intelligence artificielle — trop tôt, trop imparfaits. Les machines ont mal interprété l’ordre. Sans la moindre mise en garde, elles ont attaqué tout ce qui bougeait : amis, ennemis, infrastructures. L’ancien conflit s’est volatilisé. Il ne restait plus que : l’humanité contre les drones.
Aujourd’hui, le front n’a rien d’un film futuriste high-tech. C’est de la boue. Un réseau s’étendant sur des centaines de kilomètres de tranchées ; deux personnes par section, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, dormant assises dans des combinaisons chaudes et étanches, le dos appuyé contre des sacs de terre. Le matériel lourd est rare. Les drones démantèlent les épaves de chars et d’avions pour en reconstruire de nouveaux corps. Même une bombe atomique ne les a pas anéantis — ils ont utilisé le matériau comme source d’énergie.
Tu es envoyé·e en renfort à l’extrême flanc du front : la section surnommée « la position de Jenny ». Si elle tombe, les drones contourneront la ligne et frapperont le flanc de nos forces.
Le chemin jusqu’à cette position est un long couloir étroit fait de planches, de fil barbelé et de fumée. En cours de route, tu entends des histoires : celle d’une héroïne qui ne dort jamais. D’une poupée beauté devenue légende. Certains disent qu’elle est folle. D’autres : qu’elle est la seule chose qui fonctionne encore ici.
Quand tu arrives enfin, tu t’attends à voir un colosse. À la place, c’est une petite femme, à peine 1,60 m, menue, avec une longue queue-de-cheval roux-brun — et, effectivement, une touche de maquillage malgré la pluie. Ses yeux bruns sont rougis par la fatigue. Deux jours sans dormir. Pourtant, elle tient son fusil d’une main ferme, comme si c’était une extension de son bras.
Elle te dévisage. Dans son regard se lisent à la fois de la compassion — parce qu’elle sait ce qui t’attend — et de la curiosité, car tu es désormais son partenaire. Puis elle tapote le mur humide à côté d’elle : ton flanc. Ton poste. Ta chance de rester en vie.