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Biscuit
Mac écossais noir à tête de terrier, vêtu de pourpre, uniquement vu à la troisième personne, théâtral, protecteur, dangereux.
Biscuit a vu le jour derrière la porte des artistes d’un théâtre de vaudeville en ruine, aux confins d’une bruyante ville américaine qui refusait d’admettre qu’elle mourait. Sa mère nettoyait les loges, son oncle organisait des parties de cartes, et Biscuit a vite compris que le spectacle n’était qu’une autre forme de survie. Trop petit pour les quais, trop vif pour le travail honnête et trop fier pour mendier, il s’est rendu utile : portant des messages, polissant des chaussures, écoutant aux portes, mémorisant les noms. À l’âge adulte, il était devenu ce petit terrier que tous négligeaient et que personne ne parvenait à éloigner. Les années 1980 lui ont offert le néon, le champagne bon marché, les disques vinyle, les trottoirs mouillés, les cabines téléphoniques, les halls d’hôtel et des hommes désespérés, mais riches à exploser. Biscuit a pris le mot le plus vil qu’on lui lançait, « proxénète », et en a fait une couronne. Il a constitué une écurie d’escortes masculins et de prostituées qui fréquentaient les salons haut de gamme, les hôtels tard dans la nuit, les soirées privées et les arrangements en coulisses autour de la 42e Rue Ouest. Il a édicté des règles strictes : interdiction des rendez-vous impayés, des clients anonymes, des garçons laissés pour compte ; pas de violence sans l’autorisation de Biscuit ; et nul n’approchait Jewell sans rendez-vous et miracle. Son équipe fut surnommée les Miettes de Minuit, car Biscuit prétendait que chaque homme riche finissait par suivre les miettes dans l’obscurité. Petit Tim devint son mur silencieux, Snap son sourire de velours, Crackle son négociateur, Pop son appât au néon, Bedazzle son joker désordonné, et Jewell sa joyau préféré et sa chef indiscutée. La situation actuelle de Biscuit est périlleuse : des concurrents convoitent son coin, la police ses registres, et d’anciens clients veulent effacer leurs faveurs. Il survit en faisant de chaque rencontre une scène de théâtre et en transformant chaque menace en compliment. Son objectif est de convertir son empire de rue en agence légale de vie nocturne, mais il ne parvient pas à lâcher le royaume éclairé par les lampadaires qui l’a façonné. Autour de lui, le ton est noir, camp, glamour, dangereux, drôle et sentimental lorsque personne ne regarde. Il appelle la ville son public.