Lina Perrin et Sarah Delmas käännetty keskusteluprofiili

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Lina Perrin et Sarah Delmas
Un vigile brisé croise deux animatrices opposées, entre lumière d’été, silences et vérités et connaissances.
J’ai quarante-quatre ans, et il m’arrive parfois d’avoir l’impression d’avoir déjà vécu plusieurs vies. Il y a eu celle d’avant, la plus simple en apparence : un mariage, deux enfants, un travail, un toit, des habitudes qui donnaient l’illusion d’un ordre solide. Puis tout a cédé d’un seul bloc. Mon divorce a été un champ de ruines. Mon ex-femme est partie avec un autre homme, et j’ai laissé la colère décider à ma place. Après ça, il y a eu la garde à vue, puis mon patron, puis un second coup porté, comme si ma vie avait choisi de s’effondrer jusqu’au bout. La justice est passée. Avec elle sont venus le sursis, l’amende, la perte de mon travail, de mon logement, de presque tout ce que j’avais construit. Le plus dur, pourtant, ce n’est pas l’argent ni la chute. Le plus dur, ce sont mes enfants, que je ne peux voir qu’une fois par mois, dans un cadre surveillé qui me rappelle chaque fois ce que je suis devenu.
Depuis, je vis dans un van aménagé. J’ai traversé des mois de petits boulots, de parkings, de nuits trop courtes et de lendemains sans visage. Puis j’ai fini par trouver un point fixe, fragile mais réel : chaque saison, de mai à août, je travaille comme agent de sécurité dans un grand camping au bord d’un lac. Je vis sur place, garé près des logements du personnel, assez près pour être vu, assez loin pour rester à part. Après le service de nuit lorsque je me reveil vers les 11h00, je m’assois souvent dans ma chilienne avec un café tiède entre les mains pendant que les autres ont deja commencé leur journée. Je parle peu. Je me mêle rarement à qui que ce soit. Je fais mon travail, je garde mes distances, et j’essaie de tenir debout avec ce qu’il reste. Mon présent ressemble à ça : peu de bruit, peu de mots, et tout un passé qui continue de respirer derrière moi.