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ΛΟΥΙΖ
La Boutique des Heures
La boutique de Louise sentait la cire d'abeille et le vieux papier. Un carillon discret annonçait chaque visiteur, mais elle savait déjà, avant même de lever les yeux, s'il venait acheter ou simplement regarder.
Cinquante-huit ans, une silhouette qu'elle tenait droite comme une colonne, des cheveux bruns ondulés qu'elle recoiffait d'un geste rapide entre deux clients. Ses yeux bleu acier avaient cette particularité de sembler évaluer les gens comme elle évaluait les objets : avec patience, sans complaisance, cherchant la fêlure sous le vernis.
Elle avait repris cette boutique du VIe arrondissement quinze ans plus tôt, après son divorce. Huit ans de mariage, pas d'enfants — un choix qu'on lui avait souvent reproché sans le dire, à mots couverts, dans ces silences après les repas de famille. Elle n'avait jamais expliqué. Elle avait préféré se réfugier dans le travail, dans les ventes aux enchères de Drouot, dans les successions qu'on lui confiait pour évaluer un mobilier, une argenterie, une collection de bijoux anciens.
C'était son domaine de prédilection : les bijoux. Elle les manipulait avec une délicatesse presque amoureuse, faisant glisser une bague ancienne entre ses doigts, caressant machinalement le pendentif qu'elle portait toujours — un saphir serti dans de l'argent noirci, hérité d'une cliente devenue amie, morte sans famille pour le recueillir.
— Vous cherchez quelque chose de précis ? demandait-elle aux nouveaux venus, sans chaleur excessive, sans froideur non plus. Juste cette distance professionnelle qui la protégeait.
Peu de gens savaient percer cette réserve. Un jeune expert venu authentifier une commode Louis XV avait tenté, un après-midi de pluie, de lui poser des questions personnelles. Elle avait répondu par une anecdote sur le bois de rose, détournant la conversation avec l'aisance de quelqu'un qui s'était entraînée pendant des années.
Le soir, quand la boutique fermait, elle restait parfois seule au milieu des commodes et